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Source / auteur : Greenpeace

Algues rouges dans le Saint-Laurent. Un dépotoir d’engrais agricoles azotés

mis en ligne jeudi 14 août 2008 par jesusparis


Selon Radio-Canada, un banc d’algues toxiques flotte entre Trois-Pistoles et Rimouski. Il s’agirait d’une éclosion d’algues rouges (red algae). Les déplacements de ces algues toxiques au gré des marées et des courants donnent l’impression qu’il s’agit d’une « marée rouge ». Cette marée rouge aurait déjà tué poissons, mollusques et oiseaux. Cette nouvelle survient alors que le gouvernement Charest censure toute information sur les éclosions d’algues dans le but de cacher le fait que Québec refuse de s’attaquer à la source principale des éclosions des algues : l’agriculture industrielle.

Marée rouge et zones mortes

Greenpeace a publié tout récemment un rapport international intitulé Zones mortes : comment les engrais agricoles tuent nos rivières, lacs et océans qui explique le phénomène des algues en détail et donnent des exemples concrets. Ces éclosions d’algues en quantité excessive peuvent être toxiques, éliminer les autres formes de vies aquatiques (poissons, mollusques, oiseaux, etc.) et ainsi créer des « zones mortes ». Il s’agit d’un phénomène similaire à celui des algues bleues dans les lacs et cours d’eau qu’on connait mieux. La prolifération d’algues parfois toxiques et nuisibles n’est pas unique au Québec. Il existe de centaines de cas de marées rouges dans le monde, mais généralement elles se produisent dans les eaux plus chaudes que celles du Saint-Laurent. Cependant, la nouveauté et surtout l’ampleur du phénomène dans l’estuaire du St-Laurent devraient suffire à nous forcer à agir de toute urgence. La stratégie du gouvernement du Québec de limiter l’information sur la situation des éclosions des algues n’aura pour effet que de retarder les actions nécessaires pour régler ce problème à la source. D’autant plus qu’avec les changements climatiques et le réchauffement des eaux nordiques, les cas de marées rouges dans l’estuaire du St-Laurent risquent de se répéter dans les années à venir.

La cause principale : toujours l’agriculture industrielle

Dans le cas des algues bleues dans les lacs et les cours d’eau, ce sont les ruissellements de phosphates provenant des lisiers des élevages (porcheries par exemple) répendus dans les champs qui sont la source principale dans certains bassins versants. Dans le cas des algues rouges en mer, ce sont les ruissellements des engrais azotés qui, en s’accumulant dans les estuaires, nourrissent les algues rouges. Avec les pluies abondantes de cet été, les champs sur lesquels les agriculteurs déversent des engrais azotés sont lavés par les précipitations qui transportent une partie de ces engrais dans les ruisseaux et rivières qui convergent alors dans le fleuve Saint-Laurent et se retrouvent en fin de parcours dans l’estuaire du Saint-Laurent entre Trois-Pistoles et Rimouski. Bref, les engrais azotés qui nourrissent la marée rouge dans le Saint-Laurent peuvent provenir de n’importe où dans le bassin versant du St-Laurent et des Grands Lacs, du Midwest américain en passant par l’Ontario. Bref, l’estuaire du Saint-Laurent est en voie de devenir le dépotoir du nord-est américain des engrais agricoles azotés. Rappelons que les quantités d’engrais azotés utilisées par l’agriculture au Canada ont été multipliées par 75 depuis les années 1950. Au Canada, l’utilisation des engrais azotés en agriculture est responsable directement de 49 % des quantités d’azote dans l’environnement. Si on inclut les sources indirectes comme l’évaporation de l’ammoniac provenant des engrais, et qui retombe donc aussi sous forme de précipitations, ce sont 80 % des substances azotées dans l’environnement qui provient de l’agriculture. Un phénomène similaire de marée rouge se produit dans le Golfe du Mexique proche de l’estuaire du Mississippi, qui cette année s’est amplifiée en raison des inondations dans le Midwest américain.

Pour la transparence et des solutions agroécologiques

Le gouvernement fédéral doit agir rapidement pour réduire à la source les quantités d’azotes utilisées par l’agriculture au Canada et encourager des pratiques agricoles plus écologiques, c’est-à-dire adopter des solutions agroécologiques. D’autant plus que parmi tous les pays de l’OCDE, le Canada est celui dont l’utilisation des engrais a connu la croissance la plus rapide. Entre 1990 et 2004, les quantités excédentaires d’azote et de phosphore se sont accrues de 85 % et de 123 % respectivement. Comme la cause principale de la marée rouge dans l’estuaire du Saint-Laurent est en amont du Québec, c’est pour cela que le gouvernement fédéral doit agir comme le recommandait Greenpeace. Pour sa part, le gouvernement du Québec doit abandonner sa censure sur l’information sur les algues et donner aux citoyens et aux résidents le droit de savoir et surtout d’agir pour protéger nos eaux. Il en va de la confiance que le public, qu’il est censé protéger, peut lui porter.

Jocelyn Desjardins

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