Source / auteur : http://cntaitrouen.blogspot.com/
mis en ligne lundi 20 novembre 2006 par Ludo
En obligeant les travailleurs du social, du médico-social, de l’éducation et de la santé à renseigner le maire et/ou la police sur les personnes qu’ils accueillent et accompagnent, la loi Sorkozy de « prévention de la délinquance » renforce le contrôle social institué et stigmatise encore les populations opprimées.
Ce nouvel arsenal sécuritaire entend poursuivre les attaques de l’état et
du patronat sur une population paupérisée toujours plus nombreuse et
maintenir une « paix sociale » par la matraque, la délation et le fichage.
Pauvres, travailleurs précaires, jeunes, parents isolés, migrants,
malades, handicapés, addicts de quoi que soit, nomades, sans-X de toute
sorte, contestataires, toutes personnes vivant une rupture, ne suivant pas
la norme de la société spectaculaire marchande ou simplement n’ayant pas
les moyens de les suivre, doivent être considérés comme des déviants et
potentiellement des délinquants.
L’abolition du secret professionnel interdit toute solidarité, toute
fraternisation entre des personnes demandant asile ou aide et des
travailleurs, eux aussi paupérisés, dont la mission ne peut être le
maintien de l’ordre mais l’empathie et l’entraide. Depuis des années déjà
des rapports éducatifs et enquêtes sociales sont exigés, non seulement par
des juges, mais par des bailleurs « sociaux » et autres commissions
d’attribution d’aide. Cette loi ne fera que valider l’acquis de la
compromission et centraliser l’information.
Déjà les premières sanctions tombent sur les professionnels renâclant à la
collaboration. Mises à pieds de salariés, concurrences aux subventions
entre associations et organismes, gel d’agréments et de financements... Il
devient impossible de dépasser les contradictions du matonnage social,
d’élaborer une éthique, d’aider quelqu’un ou d’oeuvrer à la
conscientisation sans risquer son salaire.
Pour l’orientation des publics accueillis les constructions de maisons
d’arrêt, de centres de détentions, de rétentions, d’établissements
pénitenciers pour mineurs mettent d’accord les tenants du sécuritaire et
ceux du compassionnel cynique. Pour les plus sceptiques à la logique
concentrationnaire, la levée des allocations, le renforcement des mesures
de travail forcé et gratuit apaiseront les consciences, peut être...
Depuis longtemps le terrain du jeu sécuritaire est préparé par la gauche
comme par la droite. Cette logique mortifère est leur seule réponse à la
paupérisation et la misère. Nous avons vu une nouvelle fois, ces derniers
mois, comment les organisations progressistes, réformistes ou « radicales
», politiques, syndicales et citoyennes condamnent les révoltes et
émotions légitimes, comment elles appellent à collaborer à une délinquance
sournoise et élitiste à chaque élection pour mieux juguler une délinquance
visible, provoquée par l’injustice et l’inégalité.
Notre résistance ne peut être que globale et autonome, en dépassant la
frontière entre « usager » et « professionnel ». Ce n’est qu’ensemble que
nous pourrons lutter et changer nos vies.
Travailleurs sociaux nous refusons cette instrumentalisation de nos
missions et saboterons toute demande de délations.
Public des services sociaux, nous refusons de mendier nos vies et de
calmer nos révoltes.
Organisons nous ensemble, nous n’aurons que ce que nous prendrons !