Source / auteur : MRAP
mis en ligne vendredi 20 février 2009 par jesusparis
Au 29ème jour de la grève générale en Guadeloupe, l’irréparable est survenu : Monsieur Jacques Bino, délégué de la CGTG et militant actif du mouvement culturel AKIYO a été tué par balle.
Il est encore trop tôt pour savoir comment ce triste événement c’est exactement déroulé. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que la responsabilité de l’escalade intervenue en Guadeloupe depuis le début de cette semaine incombe à l’Etat français. Face à un mouvement de protestation très largement ancrée dans la population locale - avec des manifestations jusqu’à 65.000 participants à Pointe-à-Pitre, pour une population totale de l’île qui ne dépasse pas les 450.000 - et une colère sociale profonde et légitime, le gouvernement français a choisi la voie de la répression.
Aurait-il fallu au gouvernement, après quatre semaines de "pourrissement " du conflit, un tel événement tragique pour qu’il se penche sérieusement sur une solution au conflit ?
Les causes de la crise comme son traitement mettent en lumière le racisme et le colonialisme dont sont victimes les populations en lutte. Ainsi, lors de l’évacuation brutale des barrières dressées par des protestataires, ce lundi, des militants ont fait l’objet d’insultes racistes. Alex Lollia, dirigeant syndical de la CTU a été blessé par la police et traiter de " sale nègre ". Par ailleurs, selon le journal Libération, un habitant " blanc " de Guadeloupe, a signifié aux gendarmes - au vu de leur comportement - " avoir honte d’être Français aujourd’hui ", il se serait vu répondre : " Va changer de pays, va vivre en Afrique ou au Larzac ".
Parallèlement, le MRAP s’apprête à se constituer partie civile dans le dossier pénal concernant les propos inacceptables tenus par Monsieur Alain HUYGHUES-DESPOINTES, en s’associant à la plainte déposée par des habitants des Antilles auprès du Parquet de Fort-de-France. Monsieur HUYGGYES-DESPOINTES, qui n’est pas " n’importe qui " mais l’un des principaux patrons présents à La Martinique et en Guadeloupe, a cru bon de tenir, dans une émission de télévision du 06 févier dernier, les propos racistes suivants : " Dans les familles métissées, les enfants sont de couleurs différentes, il n’y a pas d’harmonie. Moi, je ne trouve pas ça bien. Nous (les Békés), on a voulu préserver la race. " Il a par ailleurs minimisé les horreurs de l’esclavage, crime contre l’humanité enfin reconnu par la République depuis la Loi Taubira de 2001 : " Les historiens exagèrent un petit peu les problèmes. Ils parlent surtout des mauvais côtés de l’esclavage, mais il y a eu des bons côtés aussi. C’est où je ne suis pas d’accord avec eux. " Ces propos éhontés constituent une apologie d’un crime contre l’humanité, reconnu comme tel par les lois de la République.
La colère de toute une jeunesse, de toute une population est plus que compréhensible. Elle s’enracine dans des structures sociales enracinées dans le colonialisme, dans des discriminations racistes vécues au quotidien. La caste sociale des " Békés " - descendants des anciens maîtres d’esclaves, habitants blancs refusant de se mélanger alors que quasiment toute la population des îles possède des origines extrêmement mélangées - représente moins d’un pour cent de la population, en Guadeloupe ou à La Martinique.